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Les assises universitaires 2015 autour de l'enseignement du français à l'heure du numérique

Les 28 et 29 septembre 2015 se sont déroulées à Moscou les Assises universitaires de la langue française. Cet événement est le point d'orgue annuel de l'activité du réseau des universités partenaires de l'Ambassade, dont les membres œuvrent quotidiennement à l'épanouissement du français, notamment le MGOU, dont les engagements tels que l'organisation du forum franco-russe en mars 2015 ou le maintien d'un natif à la chaire de langue romane témoigne de sa profonde implication dans l'ancrage et le développement du français en Russie au sein du réseau.

Ces assises ont donc permis à 110 délégués venus de plus de 60 villes de Russie de se réunir et d'échanger autour d'un thème actuel, qui était : « Les nouvelles pratiques des classes de langue induites par l'introduction du numérique. »

 

 La journée a débuté par une allocution de l'Ambassadeur de France, M. Rippert, qui a rappelé à cette occasion que l'un des rôles de l'enseignant de français était aussi d'inciter les élèves, à travers la langue, à approfondir leur réflexion sur les questions de société, à découvrir qu'il pouvait exister plusieurs manières de penser un problème, afin de se construire en tant que citoyens. Les différents événements consacrés au changement climatique à la veille de la COP 21 offrent justement l'occasion de sensibiliser les élèves aux enjeux environnementaux.

Ce fût ensuite au tour de l'Ambassadeur de Côte d'Ivoire de prendre la parole. Plutôt qu'une évocation abstraite de la francophonie, c'est son illustration vivante que M. Tanoh-Boutchoué a choisi de donner en prononçant un discours évoquant l’implication de son pays dans les questions environnementales et plus particulièrement sa participation à la COP 21.

Enfin, le Recteur de l'Université Pédagogique d’État de Moscou, qui a accueilli ces assises, M. Sémionov, a clos la partie officielle en rappelant l'attachement de son université à la promotion du français, notamment à cause du rôle prépondérant de la langue française dans les échanges culturels, scientifiques et diplomatiques entre la Russie et le reste du monde aux XVIII, XIX et XXèmes siècles.

 

Les assises à proprement parler ont débuté par un état des lieux de la coopération universitaire dressé par Guillaume Garetta. Il a tout d'abord rappelé la signature en juin 2015 par la Russie et la France de l'accord de reconnaissance des diplômes. Ce document ambitieux entérine non seulement la validation des diplômes du baccalauréat au doctorat, mais encore stipule la reconnaissance des niveaux intermédiaires, ce qui encourage vivement la mobilité universitaire. D'autant que les candidats à la mobilité peuvent toujours postuler aux différents programmes de bourses cofinancées.

 

Ce fut ensuite au tour de Virginie Tellier de dresser le bilan et d'indiquer les perspectives du réseau linguistique francophone, qui réunit aujourd'hui 84 universités russes.

On notera que l'internationalisation de l'enseignement russe profite  également au français. La réforme LMD engage les enseignants de français à l'université à s'adresser à un plus large public que les seuls spécialistes de français. En effet la maîtrise du français ouvre aux spécialistes d'autres disciplines des opportunités de mobilité. Le fil conducteur de l'année 2015 était le changement climatique, enjeu mondial capital qui sera l'objet de la COP 21. L'année 2016 sera, elle, marquée par la saison croisée franco-russe du patrimoine et du tourisme culturel.

En préambule à l'intervention suivante, Virginie Tellier, qui s'est elle même définie comme tenant « de la vieille école », à confié avoir été convaincue à terme par les enseignants russes que le numérique n'était pas qu'un gadget.

C'était justement le thème de la conférence d'André Tricot : « Le numérique permet-il d'innover ? »

 Il s'est attaché à séparer la part de mythe de la réalité concernant le numérique dans l'enseignement en s'appuyant sur les données d'études scientifiques récentes. Il en ressort que le numérique est effectivement un outil riche et incontournable dans la pédagogie actuelle, mais il reste surtout accessible aux apprenants faisant déjà preuve d'une grande part d'autonomie et adaptés aux milieux ouverts. La lecture numérique est plus exigeante de par la diversité et la disparité des sources. L'élaboration d'un parcours et la maîtrise des étapes de compréhension n'en sont que plus nécessaires. Les compétences numériques ne sont pas non plus innées, même chez la jeune génération, et elles peuvent demander un apprentissage lorsque l'on sort des tâches quotidiennes.

On peut en conclure que le numérique, en plus de faciliter l'accès aux supports, vient non pas remplacer mais enrichir et diversifier l'interaction entre l'apprenant et l'enseignant.

La conférence de l'après-midi abordait une branche plus confidentielle de la pédagogie : celle s'adressant aux étudiants de l'enseignement supérieur et la place que peuvent y tenir les TICE (technologies de l'information et de la communication pour l'enseignement). Comme évoqué précédemment, le numérique exige particulièrement des compétences d'autonomie et d'auto-organisation de la part de l'apprenant. Geneviève Lameul à présenté l'exemple de réflexions au niveau institutionnel à travers le prisme de son expérience au sein de différentes équipes de travail sur l'utilisation et le rôle du numérique.

 

 Les intervenantes suivantes ont apporté deux illustrations de la vivacité de la langue française. Tout d'abord Greta Tchesnovitskaya avec la revue « La langue française » qui veut donner une image actuelle de la France qui n'est pas, selon son expression, « que le passé composé ». 

 

Puis Céline Polivka a présenté « La Dame de Pique », un magazine en français consacré à la Russie.

L'un des ateliers pédagogiques de cette première journée était animé par Natalia Poutilina du MGOU, et prenait une importance particulière à l'aune de ce qui avait été dit durant les conférences. En effet le sujet : « Expérience de création d'un site de FLE – www.media-fle.ru – visant les apprenants russophones pour une meilleure gestion de l'authentique en classe de FLE et une mise en pratique plus efficace des méthodes didactiques innovantes » illustre à lui seul le cœur des problématiques évoquées en conférence. A savoir : la nécessité d'un parcours bien défini, l'aide au traitement de l'information, le bénéfice tiré de la simplification de l'accès aux ressources, l'adaptation didactique et la flexibilité apportée par l'outil numérique. Le site propose à l'enseignant une ressource clé en main sans toutefois être directive. Les experts français conviés à l'atelier ont salué sa pertinence.

 

Cette journée s'est achevée par une table ronde sur les centres de ressources en langue française, qui conjuguent les missions de relations internationales pour la mobilité universitaire, de formation continue des enseignants de français et de relais avec les activités organisées par l'ambassade.

Le lendemain, il fut d'abord question des ressources mises à disposition par les organismes français, avec la présentation par Siméon Mirzayantz d'Ifcinéma - http://ifcinema.institutfrancais.com/fr/ - outil d'initiation au cinéma proposant des films récents ou classiques restaurés bénéficiant de droits négociés pour des démonstrations en public à but non lucratif. Des fiches pédagogiques sont également à disposition.

Mireille Choffrut à présenté le bureau du livre, qui organise diverses activités culturelles, notamment des rencontres avec des écrivains français, et son pendant numérique, la culturethèque, qui propose plus de 40 000 livres et documents en ligne.

 Puis Nicolas Guichon est intervenu sur le thème des outils de communication médiatisée par ordinateur pour l'apprentissage des langues. Il est particulièrement revenu sur l'importance de développer des littératies (ou compétences) numériques chez les apprenants de français, car le postulat de Prensky, qui voudrait que les natifs du numérique bénéficient de compétences naturelles se révèle erroné.

Ont peut donc dire en substance que les CMO sont un potentiel d'apprentissage et qu'ils posent la question de la formation des futurs enseignants à ces outils.

Un des ateliers de l'après-midi animé par Nadejda Buntman était consacré aux corpus et bases de données parallèles dans l'enseignement et la traduction. Il a rencontré un franc succès qui souligne bien l’intérêt des spécialistes pour ces outils. 

Enfin, Mathieu Cisel a proposé une conférence sur l'autoformation en ligne et les MOOC. Ils a dressé un tableau exhaustif de la géographie actuelle des MOOC – ou Cours en Ligne Ouverts à Tous – et tiré les conclusions de leurs apport à l'autoformation.

 

La conférence de clôture des ces Assises 2015 est revenu sur le sujet phare de l'année 2015 au diapason de la COP 21 et a été donnée par Edwin Zaccaï sur le thème : « Le changement climatique : pourquoi est-ce si difficile d'agir ? »

 

Les Assises ont été également marquées par l'anniversaire des 30 ans du DELF/DALF.

A cette occasion Bruno Mègre, responsable du CIEP s'est exprimé sur les les succès du DELF/DALF, notamment en Russie avec 5555 candidats présentés en 2014, avec au pro rata une des plus fortes proportions de DALF.  Le DELF a connu un développement avec ses ramifications telles que les TCF (test de connaissance du français). L'une des prochaines étapes sera la mise en place en 2016 d'un test de positionnement non certifiant mais permettant une évaluation rapide du niveau de l'apprenant. Nous profiterons donc de cet anniversaire pour féliciter nos collègues du MGOU, Natalia Poliakova et Natalia Poutilina, respectivement correctrice et enseignante du DELF/DALF et leur souhaiter de nouveaux succès au sein de cette encore jeune mais déjà vénérable institution.

 

On remarquera que tout au cours de ces Assises les représentants du MGOU, et notamment le directeur du département des langues romanes, le professeur Igor Skouratov et le lecteur de français, Pierre-Alain Dumont, ont fait preuve d’un vif intérêt pour les thèmes abordés, n’hésitant pas à poser des questions et prouvant par-là même l’implication profonde du MGOU dans les processus universitaires  internationaux.